Vendredi 18 janvier 2008
Les clefs
Le premier outil que l’on vous donnera quand vous allez renter dans un hôpital psy est important, c’est la clef !
Outil symbolique qui va vous suivre toute votre carrière, que l’on vous passera de la main à la main parfois quand vous changerez d’hôpital, de services, d’unité.
On verra que c’est un outil important pour certains ,moins pour d’autres ,qui arriveront à les perdre, à se les faire prendre par des patients, voire pour beaucoup à ne plus vivre sans, et surtout ce symbole d’enfermement que l’on vous inculque dès votre arrivé vous conditionne pour toute votre carrière.
L’hôpital où j’ai commencé, j’avais aucune clef en dehors du service, car il fallait les laisser dans la boîte à clés située dans le bureau du chef, endroit stratégique.
Dès que toutes les clefs étaient rangées bien sagement,étiquetées du poste donc vous aviez passé vos huit heures,dans la boîte , le chef la fermait et vous ouvrait la porte pour rentrer chez vous. Là, nouvelle équipe qui arrivait avait droit à la distribution des mêmes trousseaux avec attribution du poste correspondant pour vos huit heures de service. Enfermement totalévitait de se faire piquer le trousseau, et en poste pour huit heures avec pause pour déjeuner sans oublier de se faire remplacer par un collègue. Un poste ne doit jamais être vacant, sauf en cas d’urgence, le moment de la relève, c’est tout. Un peu restrictif comme fonction, toujours à la même place pendant huit heures,et le lendemain on change de poste sur la liste définie à l’heure de l’embauche par le vénéré chef. La clé ,la plus importante ,celle-là elle est angoissante rien que de la posséder, c’est celle qui est la plus grande. Elle vous permet dans ce service de déclencher l’alerte en cas de besoin, en faisant contact sur des plots intégrés dans des prises similaires à celle du courant. Alors pas de danger, vous ne prendrez pas le courant, on vous explique, mais cela peut être utilisé en cas de besoin. D’où l’importance de cette clé, celle-là en particulier.seul soucie et pas le moindre, quand les patients veulent eux aussi utiliser le système, il le faisait marcher avec n’importe quel morceau de métal, ciseaux et autres et ça marchait .D’où l’affolement de toute l’unité dans ces cas-là. Alors comment ça marche, simplement tous les matins, tous les après-midi, toutes les nuits, une personne était dédiée a l’observation du système d’alarme, huit heures sur huit. Il ne devait quitter ce poste sous aucun prétexte,et c’était selon le bon vouloir du chef de service que l’on se retrouvait à assumer sa fonction d’infirmier en surveillant un système d’alerte.Dès que celui-ci se déclenchait-il indiqué d’où l’appel au secours venait, et il fallait annoncer dans le micro alerte à tel endroit. Aussitôt deux agents par unité se rendaient à l’endroit désigné par les haut-parleurs qui grésillaient dans le bureau du chef, et aller voir sur place ce qui se passait.
Voilà une fonction spécifique qui n’est exposée dans aucun manuel de service de soins, la clé pour travailler, la clef pour débaucher ou la clef d’alerte !
Pas besoin de clé pour rentrer dans le service, les portes électriques animées par le concierge vous permettent de passer quand tout le monde se présente à l’entrée, à la même heure pour entrer ou sortir.
Râlement du concierge quand un agent n’arrive pas a l’heure en même temps que les autres, râlement du chef qui attend dans l’unité pour distribuer les fonctions du jour a chacun avec les clefs, et que tout le monde soit là.
Service spécial vraiment spécial.
La clef vous suit partout dans les autres hôpitaux aussi, mais avec moins de contraintes et vous la gardez avec vous, gare à ne pas la perdre, sinon faire des déclarations faire des bons tout y passe.
J’ai même vu dans ma carrière un portail où la serrure ne marchait qu’épisodiquement qu’il fallait faire réparer régulièrement, heureusement il existait un autre portail qui permettait de pouvoir renter dans l’unité.
Symbole d’enfermement, libérations des portes, la psychiatrie mettra longtemps à soigner son image et réduit ses tabous. On verra plus loin que l’ouverture des portes des unités sera d’une douleur inacceptable et l’on sait qu’encore des gens sont enfermés pour êtres soignés malgré leur volonté dans des services de psy.